Banque versus Apple : un combat perdu d’avance ?

La transformation numérique donne naissance à un nouvel écosystème financier. C’est ainsi que, ces dernières années, nous avons vu s’immiscer sur le marché des paiements toute une série d’acteurs non traditionnels comme des opérateurs de télécoms et des géants de la technologie. Il suffit de songer à ce propos à Apple ou Facebook. La synergie entre les services propres de ces entreprises et les nouveaux services financiers proposés pourrait bien attirer de nombreux consommateurs. Mais quel rôle est-il imparti aux banques dans ce contexte ?

Législation

Si nous considérons le cadre législatif, nous constatons que les nouveaux acteurs sont généralement issus de secteurs qui ne relèvent traditionnellement pas de la supervision des autorités de contrôle financières. En outre, dans les pays où s’applique une réglementation susceptible d’être perçue comme un “obstacle” par ces acteurs, les principes de la prestation de services en ligne et de la libre circulation des services permettent aussi de contourner dans une certaine mesure cette législation.

Force est donc de constater que le cadre réglementaire actuel n’est pas suffisamment exhaustif. Par ailleurs, il est naïf de penser que ces nouveaux acteurs n’utiliseront leur potentiel d’innovation qu’en l’absence d’entraves résultant de réglementations par trop exigeantes.

Une fois retombé l’enthousiasme suscité par une innovation, l’accoutumance à celle-ci s’installe, et la société se met à témoigner d’attentes auxquelles les disruptors n’échappent eux-mêmes pas non plus. C’est ainsi par ex. que les conducteurs Uber en Californie en sont maintenant arrivés à réclamer un statut social, que les passagers veulent absolument être assurés en cas d’accident ou que les autorités ne veulent plus laisser échapper la moindre recette fiscale.

L’avenir dans le domaine de la banque numérique appartient aux acteurs qui sauront inscrire dans leurs business plan les attentes des pouvoirs publics, des entreprises et des citoyens dans le domaine de la gestion des risques, de l’efficacité et de la protection des consommateurs. De nombreuses règles actuelles reflètent toutefois déjà les attentes sociétales. Dans l’intérêt de l’innovation, il importe que les pouvoirs publics adaptent de manière judicieuse et équilibrée les règles du jeu actuelles en tenant compte de la réalité numérique.

Le développement par les autorités californiennes de règles spécifiques pour les services de location de logements privés en ligne comme AirBnB en est un bel exemple. Ces acteurs savent ainsi clairement à quoi s’en tenir sur les questions de protection des locataires et de réglementation dans le domaine hôtelier.

La banque : un partenaire par nature

Les nouveaux acteurs se concentrent surtout sur les paiements. Mais le paquet de services d’une banque va bien au-delà, il inclut notamment l’octroi de crédit, la gestion de titres ou le conseil en placements. La banque est et restera dès lors un partenaire naturel pour de nombreux services financiers.

Il est bien entendu un fait que les banques doivent elles aussi investir dans notre avenir numérique. Les nouvelles technologies généreront des solutions bancaires numériques répondant mieux aux besoins du client et susceptibles de rendre la réalisation des opérations bancaires plus conviviale encore.

Une application, par ex., peut permettre d’informer plus efficacement les usagers, mais aussi de comparer plus rapidement des produits … Les big data offrent également des possibilités inédites : elles permettent le renforcement de la gestion interne des risques et de la compliance, une plus grande efficacité des reportings et du contrôle externe, ...

Le désavantage concurrentiel que les banques subissent par rapport aux nouveaux acteurs constitue finalement aussi un avantage concurrentiel. Les banques savent en effet déjà quels sont les obstacles légaux et elles sont sans doute aussi les entités les mieux placées pour réaliser une bonne évaluation des attentes et besoins des citoyens, des entreprises et des pouvoirs publics en matière de services financiers numériques.

Tom Boedts, Director Legal and Risk Related Affairs @ Febelfin